1 semaine déjà que notre aventure Raid In France a pris fin sur le lac de Devesset, accueilli au champagne par Pascal Bahuaud et son équipe. 1 semaine déjà et les caisses de matériel ne sont pas encore toutes rangées, les plaques vtt n’ont pas été retirées, les cartons de lyophilisés, barres de céréales et boissons isotoniques sont encore dans le garage (j’ai comme l’impression qu’on a eu peur de manquer !). 1 semaine déjà et les ampoules sont quasiment toutes soignées, les gros coups de barres et les fringales ont quasiment disparus. On pourrait presque dire qu’on est revenu à une vie « normale ». Pourtant, on se sent encore un peu … différent … transformé.

Loïc nous avait dit 2 choses avant de partir : que ça allait être dur, qu’on allait galérer mais qu’il fallait qu’on sache qu’on ne serait pas les seuls, que « c’est le tracé qui veut ça » ; et qu’il allait falloir faire des choix, et qu’une fois ces choix faits, on allait devoir se faire confiance. Ces 2 phrases résument à elles seules notre semaine sur le RIF (comme quoi, c’était sûrement lui, malgré sa blessure, le mieux préparé pour cette expérience).

Parce que sur le RIF, rien n’est simple.

A commencer par l’orientation. On le savait, les cartes au 1/50000ème, c’est pas de la tarte, mais ce n’est pas tout. Le tracé, c’est le tracé qui fait toute la particularité du Raid In France. Exigeant, il a mis a mal notre confiance et notre jugement pendant toute la semaine. Il a fallu qu’on s’habitue à ne pas trouver Le chemin qui nous mènerait à la balise, qu’on accepte de monter droit dans le pentu avec comme seul repère les indications de l’altimètre, qu’on se résigne à suivre une trace de sanglier qu’on allait perdre puis retrouver au moins 100 fois, et peut être le pire, qu’on fasse le choix de suivre tel ou tel chemin qui ne figurait pas sur la carte mais qui semblait aller dans la bonne direction et se faire confiance.

On nous avait prévenu, on l’avait lu. Mais personnellement, je n’en avait pas pris la mesure.

On avait pour objectif de franchir la ligne d’arrivée à 4. Pas de blessure, pas d’abandon. On savait qu’on ne ferait pas le parcours dans son intégralité. Qu’à un moment où un autre, on serait shunté pour cause de barrière horaire. Alors on est parti à notre rythme, avec dans la tête, l’idée de gérer les sections les unes après les autres, de ne pas penser à l’arrivée : « petits pas, petits pas ».

Cette semaine nous aurait donc changé ?

C’est peut être du à cette journée du dimanche où on avait prévu de se reposer et qu’on a passé à réfléchir, ranger, remplir des caisses, démonter des vélos, prévoir, peser, enlever du matériel, essayer d’anticiper ce que serait notre semaine à venir.

Ou alors à ces sections VTT dantesques où la notion de portage prend tout son sens. Où il me faudra sûrement encore quelques RIF pour gérer correctement l’anticipation sur les cartes aux 1/50000ème avec des vitesses de progression toujours différentes. Et cette nécessaire vigilance constante parce que quand c’est trop simple, ça ne dure jamais très longtemps.

C’est peut être aussi la gestion individuelle du sommeil, de l’alimentation. La gestion de l’équipe avec l’envie de progresser des uns et le besoin de repos des autres. La gestion des pieds, puis des ampoules et de la douleur qu’elles occasionnent. La gestion de l’hésitation, de l’erreur, surtout quand la fatigue se fait sentir.

Ou alors ce trek somptueux dans les gorges de l’Ardèche avec sa descente en rappel de 60 puis 90m. Cette traversée de genêts pour arriver au mont « ? » en fin d’après midi où il fait bien chaud, où l’eau commence à manquer, où on sait que la nuit approche et que le prochain CP est vraiment loin. Cette fameuse section F, de nuit, sans chemin carté, le long d’une clôture interminable, au pied des falaises de Chames à la recherche de l’ancien moulin de Tourre. Avec la fatigue et la nuit, on a cru être dans un monde de géants. Et ce dernier trek, interminable où on a l’impression que la carte s’agrandit et que nos pas nous font reculer.

A moins que ce soit ces sections de canoë de 37 et 51 kms, de nuit, passées à sortir des bateaux pour les pousser quand le niveau d’eau était insuffisant, à gérer la fatigue et la narcolepsie qui va avec, à tirer les canoës sur ces pu…ins de chariots pour franchir les barrages. Mais aussi au bienveillant lever de soleil qui fait du bien à tout : au moral, aux bras, au dos. A cette magnifique remontée de l’Ardèche (et oui, parce qu’au RIF, l’Ardèche, on ne la descend pas … on la remonte !) et au bonheur de retrouver Loïc.

Aux gens qu’on connaît peu, on raconte qu’on s’est tiré la bourre pendant 1 semaine avec les Suédois, les Italiens et les Belges. Mais à vous, on peut le dire, digne représentant Français dans ce quatuor de fin de peloton, on avait juste en tête l’idée de progresser, toujours toujours progresser.

Je sens que mon coup de barre arrive et avant d’aller faire ma micro sieste de 15 min bi-quotidienne (finalement, je n’ai peut être pas encore complètement récupéré), je tenais à faire les traditionnels mais sincères et authentiques remerciements :

- merci à l’orga pour cette belle expérience, cette qualité d’organisation où se mêlent professionnalisme et bienveillance. Parce que même si les vainqueurs (Lozère Sport Nature) ont trouvé cette édition « un peu plus facile » que les précédentes, nous, on l’a trouvé tout a fait à notre goût !

- merci à vous les filles pour en avoir chié avec nous (Magaly en vélo et Julie à pied). Pour nous avoir toujours fait confiance et nous avoir toujours suivi malgré la fatigue, les hésitations, les erreurs et parfois la peur.

- merci à toi, Etienne pour avoir assumé pleinement et efficacement ton rôle d’orienteur. Et pour nous avoir boosté voir même carrément assisté aux transitions.

- merci à moi, Mathieu de ne pas avoir craqué. Car je vous vous assure que pendant les 48 premières heures, avant de passer en mode survie, j’ai pris une sacrée claque.

- merci à Loïc, de nous avoir fait vivre cette aventure et d’avoir assumé avec nous les galères en nous encourageant (qu’est ce que c’était bon de te voir) et en nous faisant réaliser ce qu’on était en train de vivre.

- merci au vent qui nous permet de remporter la section M de … 1 km de voile, et de repartir avec un second trophée

- merci aux autres car même si c’était surtout une course contre nous-mêmes, vous aussi ça faisait un bien fou de vous voir : Los Bomberos 81 pour vous avoir croisé au sortir de nulle part avant l’AT10, Team Belgium pour nous avoir « orienté » entre la balise 23 et 24, Freemind Italy pour nous avoir fait entendre de l’Allemand en haut de je ne sais plus quel col (comme quoi, la fatigue !!), les Suédois de Naturkompaniet Pioneers pour nous avoir fait réaliser qu'on n’avançait vraiment pas en canoë, DSN74 – Sportera Oufti Aventure pour l’accueil à l’arrivée.

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